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DIRTY SLAPPING

Fiche Annotation
Méthode Analyse Prolongements

Thématiques

Masculinités, Sexualité, Harcèlement/ Cybersexisme, Discriminations, Lgbtqiphobie

Niveaux

Collège, Lycée

Un film de Edouard Molinaro d'après une idée originale de Béatrice Gueret

Avec : Héléna Noguerra, Tanel Derard, Caroline Portes de Bon, Kevin Coehlo, Barthélémy Guillemard, Déborah Ganem

Produit par Local Films pour le CRIPS Ile-de-France et le GEPS dans le cadre des "Scénarios contre les discriminations"

Année: 2008   Durée: 5'35

 

Intentions pédagogiques

Comprendre les mécanismes du harcèlement, de l'homophobie et leurs conséquences; s'interroger sur ses propres préjugés ; réfléchir à des moyens concrêts pour lutter contre l'homophobie.

 

Pistes d'exploitation

Le film peut-être regardé dans son intégralité et être le sujet d'un débat général en classe ; il est aussi possible de proposer aux élèves de travailler en petits groupes ou individuellement en annotant le film (après création d'un ESPACE ENSEIGNANT) et/ou en répondant à un certain nombre de questions proposées dans l'ANALYSE.

Dans les PROLONGEMENTS vous trouverez des liens avec d'autres films, des propositions pédagogiques complémentaires ainsi que des ressources documentaires.

 

Introduction

(Source : www.sos-homophobie.org)

Qu'est-ce que l'homophobie?

Toute manifestation, avouée ou non, de discrimination, d'exclusion ou de violence à l'encontre d'individus, de groupes ou de pratiques homosexuels ou perçus comme tels au motif de l'homosexualité.

Qu'est-ce qu'un acte homophobe?

C'est refuser, dans les actes quotidiens, un droit, un bien, un service à une personne, femme ou homme, en raison de son homosexualité avérée ou supposée. Un acte homophobe c'est aussi... L'agression physique, écrite ou verbale, la diffamation, à l'égard de personnes, femmes ou hommes, au seul motif d'une homosexualité réelle ou supposée. C'est également l'incitation à la haine, à la violence ou à la discrimination.

Comment est-ce que ça se manifeste?

Dans sa forme la plus violente, l’homophobie s’exprime par des violences physiques et peut dégénérer, de la bousculade, du passage à tabac, jusqu’au viol et même au meurtre. Dans une forme plus quotidienne, elle se traduit par des réactions, avouées ou non, de rejet, d’exclusion : injures verbales ou écrites, moqueries, humiliations, harcèlements, refus de service, dégradations de biens et discriminations. Elle peut aussi se manifester par des formes de commisération, de dédain ou faire l’objet d’un tabou. Elle se manifeste dans tous les domaines de la vie : famille, amis, entourage, voisinage, travail, collège, lycée, vie quotidienne, commerces, services, administrations, lieux publics… Depuis 2003 et 2004, la loi française punit plus sévèrement les agressions et les insultes lorsqu’elles sont motivées par l’homophobie. Elles sont tout aussi répréhensibles pénalement que les comportements racistes ou antisémites.

Quelles sont ses conséquences?

L’homophobie peut avoir des conséquences psychologiques, physiques et sociales dramatiques pour les personnes qui en sont victimes. D’un point de vue psychologique, les conséquences vont de la tristesse et du repli sur soi à l’inquiétude, l’angoisse, la dépression, voire à la tentative de suicide. Elles peuvent s’accompagner de différentes conduites à risque (alcool, drogues, rapports sexuels non protégés…). Pour d’autres homosexuel-le-s, l’homophobie va au contraire susciter un sursaut de combativité qui les portera à affirmer leur orientation sexuelle et leur mode de vie. D’un point de vue physique, les agressions peuvent engendrer de lourdes séquelles. Parfois même, les victimes n’y survivent pas. D’un point de vue social, l’homophobie peut aussi avoir des conséquences importantes et difficiles à gérer pour les personnes qui en sont l’objet, et ce dans différents domaines : dans le monde du travail, l’homophobie se manifeste par le refus de promotion, la mise au placard, et parfois même le licenciement ; dans la vie quotidienne, déménager ou changer d’établissement scolaire sont parfois les seules solutions permettant de fuir un quotidien insupportable ; plus généralement dans la vie sociale, l’homophobie prend la forme du rejet, de l’incompréhension, des personnes l’homosexuel-le-s ou transexuel-le-s.

 

Un livret pour vous aider à animer un atelier sur le thème de l'homophobie

Outil d'intervention contre l'homophobie, Jeune et homo sous le regard de l'autre.Livret d'accompagnement de 5 courts métrages.

 

 

Vous pouvez vous reporter à l'annotation pour l'analyse par séquence.

Les questions ci-dessous sont destinées à guider une discussion.

Questions autour du film

Expliquer le titre.

Pourquoi ne parle-t-il pas à sa mère ?

Que craint-il ?

Comment imaginez-vous la réaction de sa mère si il lui parlait de ce qui lui arrive ?

Que pensez-vous de son choix ?

Que pourrait-il faire ? (ne pas oublier que l'homophobie est pénalisable, il pourrait porter plainte)

Comment expliquez-vous l'attitude du groupe ?

Pourquoi cette violence et cette volonté d'humilier deux personnes qui ont des sentiments l'un pour l'autre ?

Que pensez-vous du rapport de force ? (le groupe contre une personne isolée)

Imaginer leur réaction quand ils apprendront le mort de Thomas .

 

Questions générales (dans un deuxième temps les "compléments" ci-dessous et les ressources documentaires citées dans les "prolongements" vous donneront des éléments de réponse).

Quelle est la définition de l'homophobie ?

Comme s'exerce-t-elle ? Donnez des exemples au collège et au lycée.

D'après vous, quelles en sont les principales conséquences chez les personnes qui en sont la cible, tout particulièrement au collège et au lycée ?

Garçon "efféminé" : de quoi s'agit-il ? En quoi cela dérange-t-il les autres ?

Quelles sont les normes du masculin ? du féminin ? dans votre collège/votre lycée ?

Comment se comporter quand on a connaissance d'un acte homophobe ? (le silence rend complice)

Connaissez-vous les principales lois régissant les actes homophobes et leur pénalisation ?

Connaissez-vous d'autres discriminations dont sont sujettes des personnes autour de vous (discriminations liées à l'apparence physique, le genre, le handicap, l'origine, etc.)

Notes

Lors de la discussion, des arguments relatifs à la "nature"  peuvent être soulevés comme " c'est dans la nature des hommes et des femmes de coucher ensemble, l'homosexualité c'est pas naturel etc..";  il peut être intéressant de se pencher sur cet état de "nature" et de le questionner; ainsi, voilà ce qu'écrivait Gobineau au 17° sur la nature de la race noire:

Race noire. La variété mélanienne [à pigment de peau foncé] est la plus humble et gît au bas de l’échelle. Le caractère d’animalité empreint dans la forme de son bassin lui impose sa destinée, dès l’instant de la conception. Elle ne sortira jamais du cercle intellectuel le plus restreint. Ce n’est cependant pas une brute pure et simple, que ce nègre à front étroit et fuyant, qui porte, dans la partie moyenne de son crâne, les indices de certaines énergies grossièrement puissantes. Si ces facultés pensantes sont médiocres ou même nulles, il possède dans le désir, et par suite dans la volonté, une intensité souvent terrible. Plusieurs de ses sens sont développés avec une vigueur inconnue aux deux autres races : le goût et l’odorat principalement [6]. Mais là, précisément, dans l’avidité même de ses sensations, se trouve le cachet frappant de son infériorité. Tous les aliments lui sont bons, aucun ne le dégoûte, aucun ne le repousse. Ce qu’il souhaite, c’est manger, manger avec excès, avec fureur ; il n’y a pas de répugnante charogne indigne de s’engloutir dans son estomac. Il en est de même pour les odeurs, et sa sensualité s’accommode non seulement des plus grossières, mais des plus odieuses. À ces principaux traits de caractère il joint une instabilité d’humeur, une variabilité de sentiments que rien ne peut fixer, et qui annule, pour lui, la vertu comme le vice. On dirait que l’emportement même avec lequel il poursuit l’objet qui a mis sa sensitivité en vibration et enflammé sa convoitise, est un gage du prompt apaisement de l’une et du rapide oubli de l’autre. Enfin il tient également peu à sa vie et à celle d’autrui ; il tue volontiers pour tuer, et cette machine humaine, si facile à émouvoir, est, devant la souffrance, ou d’une lâcheté qui se réfugie volontiers dans la mort, ou d’une impassibilité monstrueuse.
http://www.education-racisme.fr/de-la-classification-arbitraire/autour-des-scientifiques-lelite-intellectuelle-mobilisee/arthur-de-gobineau-1853-1855-essai-sur-linegalite-des-races-humaines/

 

Vous trouverez aisément d'autres textes allant dans le même sens, comme des textes décrivant les femmes comme des être naturellement inférieurs aux hommes. Si cette supposée nature inférieure de l'homme noir telle qu'évoquée à l'époque de Gobineau,  nature inférieure qui légitime un ordre où l'homme blanc est dominant, a été fort heureusement remise en question et invalidée, on peut remettre en question de la même façon un ordre soit-disant naturel qui normatise une forme de choix amoureux et de sexualité au détriment des autres et légitime l'exclusion et la discrimination.

Par ailleurs, dans la nature on trouve de nombreux cas d'animaux choisissant des partenaires de même sexe :
https://www.nouvelobs.com/sciences/20161226.OBS3103/fellation-masturbation-homosexualite-chez-les-animaux-aussi.html

et ce court document:

 

 

 

Compléments

"Les violences sexistes à l’école sont à relier notamment aux représentations stéréotypées qui se forgent dès l’enfance chez les garçons et les filles. La valorisation des stéréotypes masculins (recherche de la performance, virilité...) et féminins (discrétion...) est souvent intériorisée dès le plus jeune âge. De ce fait, certains garçons peuvent affirmer leur appartenance au genre masculin par des violences verbales (insultes homophobes et sexistes). Sous prétexte de « jeu » et « d’humour » s’ancrent parfois ouvertement des comportements sexistes, induisant une sous-estimation de la victimation. Ces mécanismes génèrent des tensions, voire des violences sexistes souvent minorées par les protagonistes : les adultes, souvent peu formés à ce type de violences, les garçons et les filles qui assimilent nombre de ces violences à un « jeu », et les victimes elles-mêmes. Les témoins, l’entourage ont souvent un seuil de tolérance trop élevé en raison de la banalisation de ces insultes...

... L’orientation et l’identité sexuelles constituent une des causes significatives de harcèlement à l’école. Un élève peut être victime de harcèlement parce qu’il ne correspond pas à l’identité que l’on attend de lui (fille trop masculine, garçon trop efféminé...) sans avoir forcément un lien avec sa réelle orientation sexuelle, ou son identité sexuelle. Les victimes potentielles sont celles qui ne correspondent pas aux stéréotypes et aux normes du masculin et du féminin (garçon ne répondant pas aux attendus de la virilité par exemple, ou fille ne participant pas aux activités dites « féminines »). La banalisation des insultes homophobes, quelle que soit l’orientation sexuelle ou l'identité sexuelle réelle ou supposée des jeunes concernés ne peut être acceptée..."

http://www.nonauharcelement.education.gouv.fr/wp-content/uploads/2015/12/2015_Guide-Comprendre-pour-agir_-lhomophobie.pdf

 

LA LOI

En vertu de l’article 132-77 du code pénal, « dans les cas prévus par la loi, les peines encourues pour un crime ou un délit sont aggravées lorsque l'infraction est commise à raison de l'orientation sexuelle de la victime. La circonstance aggravante [...] est constituée lorsque l'infraction est précédée, accompagnée ou suivie de propos, écrits, utilisation d'images ou d'objets ou actes de toute nature portant atteinte à l'honneur ou à la considération de la victime ou d'un groupe de personnes dont fait partie la victime à raison de leur orientation sexuelle vraie ou supposée ». Il convient donc d’être particulièrement vigilant sur ce type de situations dans les établissements scolaires.
La loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 relative à la lutte contre les discriminations (modifiée par la loi n°2012-954 du 6/08/2012) précise certaines notions et complète la liste des discriminations interdites.
L’homophobie peut également être réprimée en tant qu’infraction spécifique. Ainsi, la provocation à la haine ou à la violence ou aux discriminations fondées sur l’orientation sexuelle ou l’identité sexuelle est punie d’un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende.
Les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle ou l’identité sexuelle réelle ou supposé des victimes sont envisagées aux articles 225-1 à 225-4 du code pénal. Ces discriminations commises par des personnes privées sont punies de trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende. La peine encourue est aggravée (5 ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende) lorsque la discrimination se déroule dans un lieu accueillant du public ou consiste à interdire l’accès à un tel lieu.
https://www.nonauharcelement.education.gouv.fr/wp-content/uploads/2015/12/2015_Guide-Comprendre-pour-agir_-lhomophobie.pdf

 

 

Un rapport essentiel

 

Rapport 2021 de l’association « SOS homophobie » 
 
 



 
 
 

Autres propositions sur Genrimages

MASCULINITÉS (1)

MAUX D'ENFANTS

SARAH (sur le cybersexisme)

 

Des courts métrages

OMAR
L'histoire d'un jeune homosexuel qui vit dans une cité. Une cité qu'il aime et qui l'aime mais où la pression est telle qu'il ne peut vivre, ni même révéler son homosexualité. Pas même à son meilleur ami Morad. Jusqu'au jour où son histoire d'amour cachée avec Arthur est découverte. Une décision s'impose alors : renoncer à son amour ou quitter la cité pour d'autres horizons.
https://www.dailymotion.com/video/x195hlt

 

PAULINE

Une jeune fille se confie face caméra : son enfance, la découverte de son attirance pour une fille, la révélation publique humiliante de son homosexualité, le silence de ses parents, son départ et la possibilité de vivre son amour et sa sexualité.

Pauline

ou https://www.dailymotion.com/video/x195hlo

 

Deux entretiens

Homophobie et éducation
Année : 2011 Durée : 4'12
Entretien avec Louis-Georges Tin, fondateur de la Journée mondiale contre l'homophobie et la transphobie, vice-président du CRAN, le Conseil Représentatif des Associations noires
 
 
 

Sport et homosexualité :

 
 

Des visuels (à analyser et commenter)

 

Une table de jeu et deux chaises vides, des bandes de scène de crime, un texte : jeudi/11h15/ maison de retraite, Michel refuse de jouer avec André qui a des "moeurs dégénérées"Une salle de réunion vide entourée d'un bandeau "scène d'homphobie" comme pour "scène de crime". Texte : Lundi/14h43/Service marketing. Les collègues de Murielle lui parlent d'Adrien qui "peut la réconcilier avec les hommes".

Le visage d'un homme coupé au milieu, regard vers nous

Le combat de toutes et tous. Buste d'une jeune femme et propos lesbophobes.Visage d'un homme et propos homophobes

Un texte  écrit en gros et dont la forme évoque un building: "Pour se jeter du 6) étage il ne faut vraiment pas être un PD". En bas: "En fait si. Et c'est ce genre d'insultes qui poussent les gays, lesbiennes, bi et trans à se suicider 4 fois plus que la moyenne. Changeons de comportement."
Un homme est représenté sur le R du mot Jeter comme si il allait sauter.Texte : les gouines se suicident beaucoup plus que la moyenne, c'est vrai et c'est à force de parler d'eux en ces termes que le taux de suicide des lesbiennes, gays, bi et trans est 4 fois plus élevé. Changeons de comportement.
Un torse de femme, un pistolet pointé vers l'espace vide de la tête qui a disparu.

 

Autres propositions pédagogiques :

  • Sélectionner des témoignages dans le rapport annuel de SOS HOMOPHOBIE pour dénoncer les actes de harcèlement, les agressions homophobes/lesbophobes/transphobes: lectures, campagne d'information dans le lycée, rédaction d'articles, etc.
    Les visuels ci-dessus peuvent venir en appui.
  • Comparer ce court métrage avec OMAR (en lien dans les ressources)
  • Ecrire un récit à la première personne du point de vue des harceleurs; confronter au récit de Thomas (à rédiger).
  • Lutter contre l'homophobie : quelles propositions concrètes? Rédiger une charte du vivre ensemble dans votre lycée en mettant en exergue la lutte contre les discriminations.

 

  • Analyser la carte ci-dessous (2017)

 

 

Documentation

Des sites

Stop Homophobie
https://www.stophomophobie.com/

SOS Homophobie
https://www.sos-homophobie.org/

Journée internationale de lutte contre l'homophobie et la transphobie https://www.homophobie.org/

C'est comme ça
http://www.cestcommeca.net/

Eduscol
http://eduscol.education.fr/cid50566/homophobie.html

 

Malle de ressources sur le cybersexisme, Centre Hubertine Auclert

https://view.genial.ly/617141460ec5f10d3c5aaae5/presentation-malle-cybersexisme

 

Des rapports

Rapport sur l'homophobie 2021
https://ressource.sos-homophobie.org/Rapport_LGBTIphobies_2021_interactif.pdf

Les minorités sexuelles face au risque suicidaire, Acquis des sciences sociales et Perspectives, Beck F., Firdion J.-M., Legleye S., Schiltz M.-A, Nouvelle édition 2014, INPES.
https://www.researchgate.net/profile/Beck_Francois/publication/237150112_Suicide_and_sexual_minorities_review_of_literature_and_hints_for_prevention/links/00b7d51b9a922366fe000000/Suicide-and-sexual-minorities-review-of-literature-and-hints-for-prevention.pdf

Extraits:

Dans le cas des garçons, l’homophobie n’est pas seulement une menace d’agression (manifeste ou potentielle), elle joue aussi un rôle dans la construc- tion de la masculinité. Elle participe au processus de rejet/refus du féminin et d’adhésion à une image de l’homme idéal répondant aux stéréotypes de virilité. Cette construction est renforcée par une forme de contrôle exercée par le groupe de pairs et les aînés, ainsi que par eux-mêmes. En conséquence, cette forme de contrôle met en permanence les garçons en péril vis-à-vis de leur statut sexuel et donc social, fragilisant particulièrement ceux qui sont les moins aptes à ce conformisme. Précisons que ce phénomène peut jouer indé pendamment de l’orientation sexuelle véritable ; une enquête de la National Coalition of Anti-Violence Programs menée en 2006 auprès des établissements scolaires américains établit que 10 % des victimes d’agressions homophobes se déclarent hétérosexuelles (Patton 2007). Pour de nombreux auteurs, l’élaboration de la masculinité ne se fait pas tant en intégrant des capacités nouvelles qu’en luttant contre une partie de soi perçue comme relevant du « féminin » (la douceur, la tendresse, la sensibilité, les larmes...). Cette mutation difficile relève de la mutilation et conduit souvent à rejeter cette part chez les autres pour mieux s’affirmer comme mâle (et dévaloriser les filles, tout en les courtisant, pour démontrer son altérité vis-à-vis du monde féminin). Selon ce mode de pensée, les traits distinctifs entre filles et garçons constituent des différences de nature ; ne pas les respecter viole les principes fondamentaux de perception du monde social, et donc de l’ordre social.
Les garçons qui manifestent des traits relevant du féminin (allure efféminée, précieuse, attitude trop studieuse) ou qui sont considérés, à tort ou à raison, comme ayant des comportements homosexuels sont particulièrement la cible des agressions homophobes (Friedman et al. 2006, Savin-Williams & Ream 2003). La norme est donc le « no sissy stuff ! » (rien d’efféminé !), aussi bien vis-à-vis des adultes (enseignants...) que des pairs et des élèves plus âgés. Là se joue semble-t-il l’identité de genre, avant l’identité sexuelle (Pollack ı999). La conquête de la masculinité requiert un effort constant de la part du garçon qui n’adhère pas spontanément aux stéréotypes de genre, sinon il risque d’être désigné par un label infamant le rejetant hors du monde viril : « La masculinité du garçon est moins stable et moins précoce que la féminité de la fille. On a longtemps cru qu’elle était un état primaire et naturel. En fait, elle est seconde, difficilement acquise et fragile » (Badinter ı992:58). Le caractère crucial de cette faillite identitaire chez les adolescents peut être rapproché de l’importance du sexuel durant la puberté, causée notamment par l’augmentation du taux d’hormones sexuelles qui quadruple au cours de cette période chez le garçon (il double chez les filles). Ces jeunes vont se « modeler » suivant les stéréotypes dominants, et pour cela ils abandonneront (temporairement ou non) une part d’eux-mêmes qui ne correspond pas au modèle, comme la sensibilité et l’expression de l’af- fection. Le garçon se trouve confronté à des injonctions contradictoires à l’égard de l’homosexualité. D’un côté, la société lui présente une norme d’accomplissement de soi, de libération de son potentiel individuel, accompagnée d’un discours du droit à la différence. De l’autre, il subit la pression de la norme hétérosexuelle hors de laquelle il lui semble qu’il ne peut exister dans son groupe familial comme dans son groupe de pairs (Neyran ı999). Les adolescents qui ne s’inscrivent pas dans la norme du groupe vont développer des stratégies de survie, qu’ils soient ou non identifiés ou stigmatisés comme gays, mais ces stratégies sont fragiles (Carragher & Rivers 2002, Mendès-Leite & Proth 2000).
(p.60)

Les stéréotypes homophobes alimentent « une conception hiérarchisée et sexiste de la sexualité » (Tamagne 2002). Ils s’opposent à « la confusion des genres », et contribuent ainsi à définir et à maintenir les frontières sexuelles (hétéro/ homo) et de genre (masculin/féminin). Tout stéréotype a pour fonction de fournir à un individu des référents qui déterminent sa situation dans la société et le rassurent sur sa place et son rôle, notamment en désignant l’a-normal (cet autre qui se positionne en marge de la société) et le normal (qui n’est autre que soi, renvoyant à l’entre-soi). Cela a pour effet de désigner le groupe de ceux qui ne sont pas dignes de compassion ou de solidarité par des expressions qui évoquent souvent les ennemis ancestraux de chaque peuple (en Europe, du xi e au xix e siècles, l’homosexualité a été désignée tour à tour en termes de « goût arabe », « vice français », « vice allemand », cf. Tamagne 2002). En période de crise, les minorités sexuelles peuvent devenir des boucs émis- saires, c’est-à-dire ceux par qui le malheur arrive, et dont le sacrifice permet de réconcilier la communauté avec elle-même. En rompant tout lien social avec eux, on renforce les liens sociaux unissant le groupe majoritaire mis en péril par celui (ou ceux) qui s’écarte(nt) de la norme, avec cette idée que le groupe social dépose son fardeau moral sur la victime bouc émissaire 52 . On le voit, devenir bouc émissaire contribue à l’isolement, avec un fort senti - ment d’hostilité à son encontre (Verdier 2007)
(p.68)

Une des particularités de l’intolérance à l’homosexualité, nous venons de l’évo- quer, réside dans son lien avec la construction sociale des genres qui repose encore en partie sur le mépris du féminin. Homophobie et féminophobie (définie ici comme un rejet du féminin) participent de l’ordre sexuel dans lequel les rapports sociaux de sexe correspondent à une hiérarchie des genres, des sexes, des comportements sexuels et des sexualités. Il nous semble inté- ressant, notamment pour penser la prévention, de replacer l’homophobie dans le cadre du sexisme. Si de jeunes hétérosexuels peuvent aussi être victimes d’agressions homo- phobes, cela signifie que la stigmatisation porte moins sur la sexualité effec- tive des individus que sur des traits apparents et des comportements qui sont jugés comme transgressant les normes de genre (certains traits peuvent être perçus dès la petite enfance).
(p.69)

 

Une campagne contre les discriminations et violences subies par les personnes LGBT+
https://www.santepubliquefrance.fr/presse/2021/nouvelle-campagne-contre-les-discriminations-et-violences-subies-par-les-personnes-lgbt-face-a-l-intolerance-a-nous-de-faire-la-difference

 

A destination des collégiens et des lycéens

Extraits

Comment se manifeste l’homophobie en milieu scolaire ?
  • Les agressions verbales : c’est l’acte le plus courant. L’insulte à connotation ho mophobe (« pédé », « enculé », « gouine », « travelo » ) est banalisée dès l’école primaire. Employés comme expressions courantes, ces termes sont stigmatisants. Contrairement à d’autres insultes, celles-ci suscitent souvent peu de réactions des adultes.

  • Le harcèlement : la répétition des insultes, les humiliations publiques et le rejet du groupe épuisent les victimes. Ce harcèlement a lieu surtout en dehors de la classe, loin du regard des adultes (cour de récréation, couloirs, toilettes, vestiaires, devant l’établissement, etc.). Il peut se prolonger sur les réseaux sociaux (Facebook , Twitter, etc.). On le qualifie alors de cyberharcèlement ; 

  • La violence physique : coups, blessures, dégradation s des affaires personnelles. Elle est plus rare, mais engendre de lourds traumatismes. Les nouveaux moyens de communication peuvent être utilisés à travers la pratique du happyslapping

Quelles sont les conséquences des LGBTphobies sur les victimes ?

  • La détresse psychologique, causée par un sentiment de rejet, de mépris. Elle empêche d’accepter son orientation sexuelle ou son identité de genre par peur des réactions négatives et entraîne une homophobie ou une transphobie intériorisée, un repli sur soi, une anxiété sociale qui peuvent se traduire par des troubles du sommeil ou de l’alimentation, mais aussi des comportements agressifs envers soi - même comme la dépendance à l’alcool, aux drogues, ou des comportements sexuels à risque.

  • L’homophobie et la transphobie peuvent avoir des conséquences importantes sur la scolarité : baisse des résultats scolaires, démotivation, absentéisme, décrochage scolaire, etc. 

  • L’isolement, le mensonge, la culpabilité et la souffrance peuvent aussi conduire à des tentatives de suicide, lesquelles sont deux à sept fois plus nombreuses chez les adolescent - e - s LGBT que chez les hétérosexuel - le - s cisgenres. Ce risque de sursuicidalité est plus marqué chez les garçons (cinq à dix fois) que chez les filles (deux à quatre fois) 7 .

 « Pédé » est - il une insulte homophobe ?

Le terme « pédé » est aujourd’hui une insulte banalisée, souvent employé sans référence à une homosexualité réelle ou supposée de la personne à qui cette insulte s’adresse. Or, cette insulte entretient la hiérarchisation des individus en fonction de leur orientation sexuelle. Pour les jeunes gays, elle leur fait prendre conscience d’une orientation sexuelle dévalorisée et stigmatisée par la société ; elle participe à la construction d’une identité marquée par le sentiment de honte et la crainte du rejet

 

Un article

Etre adolescent gay : harcèlement et homophobie à l'école, Burgio Giuseppe, Spécificités, 2009/1 (N° 2), p. 107-120.
https://www.cairn.info/revue-specificites-2009-1-page-107.htm

 

 

Définitions (pour savoir de quoi on parle)

https://cestcommeca.net/lgbt-def/ 

https://cestcommeca.net/lgbtphobies-def/