WINGS (extrait), film muet, 1927
Résumé du film : " Jack Powell est un jeune homme passionné des sports automobiles. Sa voisine, Mary Preston, est follement amoureuse de lui mais il ne lui prête aucune attention. Jack est amoureux de Sylvia, elle-même amoureuse du fortuné David Armstrong. Quand les Etats-Unis entrent dans la Première Guerre mondiale, Jack et David rejoignent l'Air Force pour aller se battre sur le sol français, c'est alors qu'il deviennent copains. Mary, quant à elle, rejoint la Women's Motor Corp afin de se rapprocher de Jack. Mais en temps de guerre, tout prend tournure de tragédie, y compris entre les deux amis…" (source)
Dans cet extrait, David, gravement blessé se meurt; Jack, boulversé, le serre dans ses bras, l'embrasse et lui fait ses adieux.
Au temps du cinéma muet, le jeu des acteurs était beaucoup plus expressif, ce qui participe à l'aspect "démonstratif" de ces adieux.
Cette scène est vue par de très nombreux.ses critiques de cinéma comme une des premières scènes d'amour homosexuelle au cinéma et notamment le "premier baiser gay".
D'autres y voient l'expression d'une amitié profonde et du chagrin né de la mort prochaine.
Nous ne savons pas comment a été pensée cette scène ni vécue à l'époque ; notre vision d'aujourd'hui témoigne certainement de notre incapacité à imaginer une amitié masculine "démonstrative" alors que que la même situation vécue par deux femmes interrogerait beaucoup moins. Comme si la tendresse, la sensibilité, l'affection exprimées à travers les étreintes et les baisers étaient, de fait, du ressort du féminin auquel on associe, pour la disqualifier, l'homosexualité.
Article très complet de Julien Léonard sur le film.
Extrait
"Magnifique, comme cette dernière étreinte des deux personnages masculins, Jack accompagnant David jusqu’à son dernier souffle, le serrant dans ses bras, l’embrassant même un instant. Wellman fait enfin partie de ces metteurs en scène capables de conserver toute sa virilité à l’amitié masculine, en l’affublant néanmoins de rapports sentimentaux fragiles et très émotifs. Là encore, il maintient un équilibre très délicat dans la justesse de ses rapports humains, là où les hommes, les vrais, laissent tomber ces barrières et codes un peu poussiéreux de la camaraderie goguenarde pour s’avouer leur indéfectible amour fraternel. "
Le film (2h24) réalisé par William A. Wellman est visible en intégralité sur youtube.
C'est le premier film à avoir gagné l'Oscar du meilleur film en 1929.
La Coupe du Monde de football masculin 2026 nous a pourtant offert de beaux moments d'étreintes, bisous, câlins... entre hommes.
Pourtant, les photos de deux footballeurs espagnols en vacances à Ibiza ont agité les réseaux sociaux durant tout l'été et provoqué de nombreux commentaires homophobes : oui ils s'aiment, oui ils sont tendres l'un avec l'autre, et alors ? Sur les terrains ce serait Ok, et pas dans la vie ?
De même la bromance entre Erling Haaland et Jude Bellingham (footballeurs) a affolé les réseaux sociaux ce même été :
" Dans une société où on questionne en permanence les codes de l’amitié entre hommes, cette bromance ultra-visible entre deux hétérosexuels peut servir d’exemple pour une génération qui souhaite s’affranchir des normes. Il existe une difficulté pour eux à exprimer leur besoin de tendresse comme le rappelle Alice Raybaud, autrice de Nos puissantes amitiés (ed. La Découverte) : « Avec les deux joueurs, on s’en émeut, on s’en étonne. Certainement parce qu’on a trop peu l’occasion de voir des hommes se faire des accolades affectueuses, filmées et retransmises, et en particulier dans le sport masculin, où la performance de la virilité est de mise, et où tout geste pouvant faire penser à une potentielle homosexualité est encore un péril pour la carrière. » Mais s’embrasser et se serrer dans les bras, cela peut faire du bien à tout le monde".


